-
Faire un don à l’ASTM
Pour faire un don à l’ASTM, veuillez utiliser un des comptes bancaires suivants :
CCPLLULL IBAN LU 76 1111 0099 9096 0000
BCEELULL IBAN LU 02 0019 2312 6707 1000 -
la revue tiersmondiste
Abonnez-vous au Brennpunkt !
Vous êtes intéressé par les évolutions politiques, économiques et sociales dans les pays du Sud et par les relations entre les pays riches et les pays pauvres ? Vous aimeriez savoir ce qui se passe au Luxembourg en matière de coopération ? Alors abonnez-vous au Brennpunkt Drëtt Welt pour seulement 15 euros !
-
El Salvador : Quel bilan un an après les élections ?
Brennpunkt Drëtt Welt 256 (juin 2010)
Cécilia Raffaelli
Le Salvador est un pays qui a connu 12 ans de guerre civile (1980-1992) et compte aujourd’hui une population d’environ 7 millions d’habitants. Un tiers de sa population vit aux Etats-Unis en tant que émigrants et un autre tiers vit dans des baraquements dans les périphéries urbaines. Le Salvador est un pays qui doit se battre contre une forte corruption à tous les niveaux et contre une criminalité croissante.
Après 17 ans de gouvernements de droite, le FMLN (Frente Farabundo Martí de Liberación Nacional / parti de gauche) a remporté en janvier 2009 les élections avec 42,57% des votes, s’établissant ainsi comme première force politique du pays. Deux mois plus tard aux élections présidentielles, c’était le candidat du FMNL, Mauricio Funes, journaliste de formation, qui remportait la victoire. Une année plus tard, les sondages donnent le FMNL en baisse, même si la confiance de la population en leur Président reste au-dessus de 72%. Quelles sont les raisons de ce recul ?
Tout d’abord, il ne faut pas oublier qu’au Salvador seulement 30 à 35% de la population travaille dans le secteur formel et qu’environ 40% vit en dessous du seuil de pauvreté. Les attentes sont donc énormes et difficiles à satisfaire en dix mois de gouvernement. Pourtant, de nombreuses réformes ont été faites. Dans le système de santé, les hôpitaux et cliniques publiques ne réclament plus le payement d’une quote-part comme auparavant, ce qui empêchait les gens pauvres de recevoir des soins. En éducation, les enfants reçoivent maintenant pour la première fois gratuitement des uniformes scolaires, des chaussures et des fournitures scolaires et il y a eu une extension du programme alimentaire dans les écoles urbaines.
En plus, on a également lancé un programme national contre l’analphabétisme. Dans le secteur agricole, le Président encourage le retour à la production d’aliments destinée à la consommation familiale. Le gouvernement a ainsi ouvert de nouvelles lignes de crédit pour les petits agriculteurs et vent des semences et des engrais à des prix subsidiés. Des titres de propriété ont été délivrés à 4.000 paysans sans terre. Dans le secteur du travail, le ministre a entamé les démarches nécessaires pour assurer le respect des droits des travailleurs et plusieurs syndicats ont enfin été reconnus, même dans les secteurs privés. Du côté logement, le gouvernement prévoit la construction de 25.000 habitations, ce qui devrait générer 100.000 emplois, même si pour l’instant, il se concentre sur l’aide aux populations qui ont été victimes de l’ouragan „Ida“ en novembre 2009. Il existe toutefois une série de problèmes au niveau politique qui sont encore difficiles à résoudre.
En premier lieu, le FMNL a décidé d’intégrer la 5e Internationale Socialiste présidée par Hugo Chavez et fait pression pour que le gouvernement s’engage dans le „socialisme du XXIe siècle“ à côté du Venezuela et de Cuba. Cette demande est refusée par le Président Funes, de même qu’une autre revendication du FMNL, celle de se retirer de l’ALEAC (Accord de libre-échange entre l’Amérique Centrale, la République Dominicaine et les Etats-Unis) pour intégrer l’ALBA (L’Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique). La réticence de Funes à quitter l’ALEAC ne surprend pas si l’on pense au grand nombre de Salvadoriens émigrés aux Etats-Unis, source d’un énorme flux de devises vers le Salvador (18% du PIB). Les transferts d’argent de la diaspora ne sont non seulement un apport fondamental pour la survie de nombreuses familles au pays mais aussi pour le budget de l’Etat du Salvador. En même temps, les Etats-Unis sont le débouché le plus important pour exportations salvadoriennes. Pour ces raisons, le Président Funes juge important de garder de bonnes relations avec les Etats-Unis.
Une autre controverse est née autour de l’endettement du pays vis-à-vis des institutions internationales. Pour la période 2009-2014, le gouvernement a besoin de 4.500 millions de dollars pour pouvoir réaliser son plan quinquennal. Pour 2010, il a déjà reçu l’accord de différentes institutions pour des prêts à hauteur de 1.143 millions de dollars. Beaucoup de gens voient avec inquiétude l’accumulation de dettes par l’Etat (52,6% du PIB en 2009), en argumentant qu’il sera très difficile pour les générations futures de les rembourser. De plus, il y a eu dans le passé un grand manque de transparence concernant la gestion des fonds et la méfiance envers la classe politique persiste.
Une réforme fiscale et un enrayement de l’évasion fiscale seraient nécessaires pour réétoffer les caisses de l’Etat, mais les mesures concrètes sont controversées. Le gouvernement s’est engagé vis-à-vis du FMI à appliquer plusieurs mesures d’ici 2014, comme d’augmenter le taux de la TVA de 13 à 17%. Mais jusqu’à maintenant aucune décision définitive a été prise.
Les Salvadoriens ont par ailleurs deux autres préoccupations prioritaires : la lutte contre la criminalité (le Salvador a un des taux d’homicides les plus hauts au monde) et la lutte contre la corruption. Une des premières décisions prises par le Président Funes était l’engagement d’une partie de l’armée au côté de la police, pour aider à lutter contre la criminalité, mais les résultats n’ont pas été probants. La lutte contre la corruption, un des points clés du programme électoral de Funes, semble pour l’instant être mise à l’écart. En tout cas sa détermination de combattre ce fléau a ostensiblement diminué. Ces constats sont en partie responsables de la baisse de sa popularité, même si le taux de satisfaction avec le Président reste encore très haut. Ce qui n’est pas le cas des institutions publiques : pas plus de 10 à 12% de la population est satisfaite avec l’assemblée législative, les partis politiques, le procureur de la République ou la Cour suprême.
Malgré les désillusions, plus de 75% de la population reste convaincue que la démocratie est la meilleure forme de gouvernement et se montre sensible aux projets de promotion de la démocratie. La mise en place d’organisations citoyennes, les budgets publics participatifs et la décentralisation sont vus comme des moyens de se réapproprier la place qui revient aux citoyens dans une démocratie et de mettre fin à la corruption. Il s’avère pourtant important de soutenir toutes les instances de la société civile qui oeuvre pour améliorer la démocratie, la transparence et la participation des citoyens dans le processus décisionnel des municipalités. La démocratisation à la base peut à terme rapporter énormément de fruits dans la gestion du pays et ceci à tous les niveaux.
Cécilia Raffaelli est membre de l’ASTM.