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  • Editorial BP 256 (juin 2010)

    Des indépendances aux interdépendances

    L’année 2010 est marquée par une commémoration toute particulière : pas moins de 18 pays africains célèbrent leur 50 ans d’indépendance.

    Dans les années 1960, des leaders politiques tels que Lumumba, Nkruma, Cabral, Touré, Nyerere, Senghor, et tant d’autres ont mené la lutte pour l‘indépendance de leurs pays. 50 ans après, l‘indépendance apparaît comme une illusion pour ceux qui aspirent à de meilleures conditions de vie et à un modèle démocratique spécifique à leur contexte de vie. Nous parlons tous de globalisation, mais il serait plus approprié de parler d‘interdépendances économique, sociale, culturelle et politique entre les Etats et surtout entre les peuples.

    Est-ce que les Africains ont des raisons de fêter l’indépendance ? „Oui ! sans aucun doute“, nous a répondu l’historien Elikia M’Bokolo lors de la conférence organisée le 6 mai par l’ACOLUX et l’ASTM sur le Congo. Les enfants et petits-enfants de ceux qui se sont battus pour leur liberté ont des raisons de fêter cet événement, mais c’est avant tout l’occasion de faire un bilan des avancés sociopolitiques et des défis futurs.

    Parmi les luttes d’indépendance, celle du Congo a été d’une importance particulière pour l’histoire de l’Afrique, mais également pour celle du monde, car elle était la moins attendue. Ce pays immense et complexe, aux ressources inestimées, qui aujourd’hui encore représente l’Eldorado des conquérants sans scrupule et avides de pouvoir et d’argent, fait couler de l’encre, mais aussi du sang. Les enjeux politiques et économiques de ce pays pèsent sur son indépendance et par-dessus tout, sur l’indépendance et les droits humains de son peuple.

    Quelles perspectives et mécanismes allons-nous enclencher pour marquer le pas des 50 ans a venir, pour que les conditions de vie des populations du Tiers Monde s’améliorent ? Quel modèle de société voulons-nous développer ? Et surtout, comment allons-nous construire l‘avenir ?

    En 2010, il convient de repenser certaines notions et concepts comme le développement, la coopération, la solidarité et réfléchir à comment construire de nouvelles relations de partenariat qui prennent en compte les besoins des différentes populations. En tant qu’organisations de la société civile, les ONG expérimentent d’autres formes de dialogues que celles prônées actuellement par les Etats en essayant de tenir compte de la dimension culturelle de ces échanges. Aujourd‘hui il faut concevoir un cadre qui ne soit plus centré uniquement sur les problèmes du Tiers Monde, mais qui rende également visibles les luttes sociales et les nouvelles formes de solidarité tant du Nord que du Sud. La relation de partenariat doit se centrer sur un renforcement mutuel des sociétés civiles par la production de nouvelles connaissances, et par des concepts de „savoirs-être“ et de „savoirs faire“. La mobilisation des organisations sociales planétaires se concrétise déjà à travers la lutte contre le changement climatique, pour les Objectifs du millénaire, pour la souveraineté alimentaire, etc.

    Plus que jamais, les ONG et les populations des pays occidentaux doivent se solidariser avec les ONG et les populations du Tiers Monde en vue d’un changement social au niveau de la planète.

    Les 50 ans d’indépendance des pays africains, et particulièrement celle du Congo, est une opportunité pour repenser nos concepts et actions en vue d’un monde plus juste et plus humain.

    Nicole Etikwa Ikuku