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la revue tiersmondiste
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Le droit à la santé
Dans les années 40, les Nations Unies ont qualifié la santé de droit humain élémentaire. La conférence internationale sur les soins de santé primaire d’Alma Ata en 1978 s’est donnée pour objectif d’arriver à la "santé pour tous dans l’année 2000".
Dans la déclaration d’Alma Ata la santé "n’est pas simplement l’absence de maladie, mais plutôt un état de bien-être physique, mental et social total". Le droit à la santé implique que chacun puisse bénéficier d’un mode de vie qui lui permet d’avoir une vie saine avec accès à des soins préventifs et traitements curatifs appropriés si nécessaire.
De l’esprit d’Alma Ata...
Cependant, l’année 2000 a passé et alors que d’importants progrès ont été réalisés en médecine lors des 30 dernières années, l’objectif "santé pour tous" reste un rêve pour la plupart des gens du Sud et certaines catégories de la population dans les pays industrialisés. Globalement, l’espérance de vie a augmenté de 48 années en 1955 à 66 années en 1998, mais dans nombreux pays en voie de développement, elle est en-dessous de 45, et dans certains cas elle est en train de baisser. Chaque jour, 37 000 personnes meurent de maladies comme le SIDA, la malaria et la tuberculose. La plupart de ces décès ont lieu dans les pays en voie de développement où beaucoup de médicaments pouvant sauver la vie sont inaccessibles. Les participants d’Alma Ata ont recommandé une nouvelle approche (soins de santé primaires) comme meilleur moyen pour fournir des soins de santé de base. Cette approche, qui met l’accent sur la participation de la communauté et l’usage des ressources locales, souligne l’importance de l’éducation sur la santé, de l’hygiène, de l’alimentation, des soins maternelles, du planning familial, des programmes de vaccination et de l’accès aux soins de santé locaux à des prix abordables comme facteurs pour assurer le maintien de la santé. Il a été démontré que cette approche est plus efficace que des campagnes qui ne sont pas ancrées dans la population locale. Alors pourquoi les soins de santé primaire ont-ils échoué ? Une série de développements, nationaux et internationaux, y ont contribué. L’énorme clivage dans la distribution globale de la richesse est évidemment un obstacle important au droit à la santé pour tous. Cela ne signifie cependant pas qu’une bonne santé ne soit possible que dans les pays riches. C’est également une question de priorité politique. Ainsi, en assurant une distribution équitable des ressources, des services de santé gratuits et une alimentation adéquate pour tous et en donnant priorité à l’éducation, l’Etat indien de Kerala a atteint par exemple des taux de survie infantile et d’espérance de vie similaires à ceux des pays riches. Depuis les années 80, des politiques structurelles d’adaptation imposées à des pays endettés du Sud auprès de la Banque mondiale et du FMI en retour aux prêts, ont conduit à des restrictions massives en matière de dépenses pour la santé. Les services de santé ont dû être "cost effective". Le résultat : les pauvres ne sont plus capables de se payer les traitements dont ils ont besoin, les niveaux de santé baissent et la mortalité infantile augmente. La situation s’est aggravée avec l’introduction des accords sur les aspects commerciaux des droits de propriété (TRIPS), qui ont encore renforcé le contrôle des compagnies pharmaceutiques multinationales sur le marché des médicaments.
... à un véritable changement des priorités
Actuellement, seulement une minorité des habitants de la terre jouissent du droit à la santé, même s’il y a assez de savoir et de richesse pour satisfaire les besoins de santé de base de tous. Si la santé pour tous doit devenir une réalité, des changements seront nécessaires et le monde économique actuel devra être mis en question par : - une distribution plus équitable des ressources globales, - une distribution équitable des terres agricoles, - des possibilités d’emploi, - des revenus équitables assurant une alimentation suffisante, ainsi que - la fin de la privatisation des soins de santé et des restrictions radicales dans les dépenses militaires. Partant de l’idée que la santé dépend d’autres aspects de développement, nous pouvons dire que tous les partenaires de l’ASTM travaillent pour le droit à la santé et que tout projet de développement est un projet de santé. Certainement, lorsque nous parlons de "projet de santé" l’action en question sera toujours un aspect d’un programme plus large ayant pour objectif d’améliorer les conditions de vie, impliquant souvent l’éducation, la protection de l’environnement et la génération de ressources. Julie Smit
Deux exemples :
Améliorer la situation des femmes
Au Mexique vivent 43,6 millions de femmes, elles représentent 34 % de la population active (comme au Luxembourg). D’après les autorités, la mortalité maternelle dans la capitale mexicaine est de 5,7 femmes par 10.000 enfants nés, ce chiffre est encore plus élevé dans les régions marginalisées du pays. L’un des principaux problèmes auxquels les femmes mexicaines sont confrontées est celui de la violence familiale : selon l’Institut National des Statistiques, un foyer sur trois dans la capitale mexicaine souffre de ce problème. La réalisation des droits reproductifs et sexuels reste un défi majeur du développement social ainsi qu’un problème urgent de santé publique. C’est dans cette perspective que l’ASTM a decidé d’appuyer un nouveau partenaire au Mexique, APIS - Fundación para la equidad (Association pour l’égalité), qui travaille depuis 1981 pour le renforcement du rôle des femmes. Le projet que nous appuyons, "Renforcement des organisations communautaires des femmes au Mexique. Droits sexuels et reproductifs", d’une durée de deux ans, se situe dans sept communes de Guerrero et trois communes du Yucatán, deux États parmi les plus pauvres du pays, ainsi que à México-City. Les bénéficiaires sont majoritairement des femmes indigènes et métisses, entre 20 et 50 ans, tant paysannes que du milieu urbain et qui vivent dans des communes très marginalisées. L’action prévoit de renforcer le rôle des femmes leaders de différentes organisations sociales et productives, les dotant des connaissances et des outils méthodologiques appropriés autour d’une vision multidisciplinaire de la santé, qui intègre le "productif" avec le "reproductif" (violence familiale, santé sexuelle et reproductive, droits des femmes, etc.). Une fois formées, ces femmes leaders ont un effet multiplicateur au sein de leurs organisations. Elles seront plus capables d’exercer et de défendre leurs droits dans leur entourage familial et social ou vis à vis des autorités locales et régionales. Elles pourront développer des alternatives pour améliorer les conditions de vie des femmes dans leurs communautés.
Santé de base aux Philippines
Les gouvernements des Philippinnes ont réduit drastiquement la dépense publique pour la santé, suite aux demandes de la Banque Mondiale et du FMI. Actuellement 2% du budget national est investi dans la santé, alors que 13% l’est pour la défense et 32% pour le service de la dette ! Alors que 80% de la population n’est pas en mesure de se payer des soins privés, 50% des hôpitaux ont dû être privatisés. De plus en plus de services de santé de base doivent donc être fournis par des organisations privées non-gouvernementales et non-lucratives. The Visayas Primary Health Care Services Inc. (VPHCS) en fait partie. Il travaille depuis 1989 à Cebu et Bohol, deux îles des Philippines centrales. Les activités de VPHCS ne se limitent pourtant pas à l’offre de services sanitaires et à la formation en matière de santé. Cette organisation considère qu’il est fondamental que les gens comprennent les causes qui sont à l’origine d’une mauvaise santé et du manque d’accès à un traitement médical, pour pouvoir ensuite lutter contre cette situation. On a donc introduit dans la formation la dimension politique et socio-économique des politiques de santé. En parallèle, on conduit des campagnes de sensibilisation des médecins et des étudiants en médicine à la situation dramatique à laquelle sont confrontées les communautés des zones rurales pauvres. En effet, un large soutien est nécessaire pour pouvoir exercer une pression sur les autorités afin qu’elles adoptent une meilleure politique de santé.